Cette publication fait partie d’une série d’autres publications traitant des projets soutenus par la Marine Conservation Action Fund (MCAF) du New England Aquarium. Par le biais de la MCAF, l’Aquarium de la Nouvelle Angleterre soutient les chercheurs, les écologistes et les organisations locales du monde entier dans leur quête des solutions aux plus sérieux problèmes que connaissent les océans.

Le boursier de la MCAF, Abi Henry Nibam, vice-président de la Tube Awu Association est à la tête d’une organisation à but non lucratif sur la côte atlantique d’Ebodje au Cameroun.  Son équipe et lui ouvrent aux cotés des communautés locales à poursuivre les efforts de protection ainsi que les travaux de recherche sur les espèces de tortues marines vulnérables et menacées qui nichent sur les plages. La MCAF a récemment financé leur projet visant à renforcer la surveillance et la recherche sur les tortues de mer. Dans cette publication, Henry évoque les effets du COVID 19 lors des recherches sur le terrain, sur son travail d’écologiste et fait des recommandations pour les recherches une fois la pandémie terminée.

English version

 

Impact de la pandémie mondiale du COVID 19 sur la recherche pour la protection des tortues marin de la côte atlantique à Ebodje, Cameroun

Par Abi Henry Nibam

De quelle manière la pandémie du COVID-19 a affecté les travaux de recherche pour la protection des tortues marines et la Tube Awu Association au Cameroun?

Les plages devenues plus propres

En raison de la crise du COVID-19, plusieurs communautés locales ont fermé les plages au public, ce qui a eu un impact sur les groupes qui surveillaient ces plages lorsque les tortues de mer venaient nicher. Les interdictions de voyage ont entrainé la perte de bénévoles, étudiants locaux et touristes qui soutenaient financièrement les projets de notre organisation. Lors de la pandémie, les usages irresponsables ont fait que plusieurs plages locales sur le site de notre projet présentent des problèmes de pollution. Le manque de touristes suite aux mesures de distanciation sociale imposées par la nouvelle pandémie a provoqué un changement remarquable du paysage dans la plupart des 12 plages voisines de la côte atlantique dans la région du sud Cameroun. Les plages sont devenues plus propres et les eaux claires.

 

Collecte de données pour la sauvegarde des tortues marines

La crise du COVID-19 a bloqué nos efforts scientifiques en imposant un arrêt aux recherches sur le terrain. Nos projets de recherche longitudinaux en cours- pour la collecte des données annuelles depuis 2013, ont connu un arrêt sans précédent. L’incertitude généralisée planait sur la durée de la disponibilité des subventions et d’autres sources de financement. Cette pandémie nous a donné le temps de nous regrouper, de repenser et de nous recentrer sur les points où nous pourrons avoir plus d’impact lors de la période du projet et au-delà. Pendant que le monde bougeait à un rythme très accéléré, pas seulement en raison de la pandémie, mais aussi à cause de plusieurs facteurs entre liés, mon équipe et moi travaillions sur ces liens.

Comment les facteurs changeaient-ils?

Commençons en décomposant l’une des données dont nous savions qu’on a été durement affecté lors de la pandémie : les ensembles de données collectés à long terme. Avec plusieurs activités de recherche sur le terrain à l’arrêt dues à la pandémie du COVID-19, nous dépendions plus de l’échantillonnage automatisé. Par conséquent, bon nombre de données écologiques qui nous intéressaient n’auraient pas été collectées. En cette période d’incertitude causée par le COVID-19, je me suis servi de mon plan B qui consistait à trouver des ensembles de données sur lesquelles travailler à partir de chez moi et à télécharger la plupart des données océanographiques issues des recherches sur le terrain et mises en ligne à l’instar des données satellites via MODIS –Aqua SST (de jour) et MODIS –Aqua chlorophylle. Cependant, les patrouilleurs locaux étaient plutôt affectés à des enquêtes de suivi néritique des tortues qui nichent. Cette démarche stratégique a également été très pratique malgré qu’elle nous a privés de l’expérience de la collecte des données.

Annulation de plusieurs événements culturels et de réunions internationales en raison du COVID-19

En tant que candidat au doctorat en fin de recherche en Espagne, j’ai vu mes participations prévues se tenir par des projections Powerpoint à plusieurs conférences scientifiques tombées dans l’incertitude- soit annulées ou reportées, certains sujets à l’ordre du jour de ces conférences étant les changements climatiques et la préservation des écosystèmes. Les rencontres scientifiques internationales où les chercheurs partagent et échangent sur leurs derniers travaux ont aussi été abandonnées, ralentissant le travail de toute la communauté scientifique. Le COVID-19 a interrompu d’importantes conférences sur la politique et la planification de la biodiversité ainsi que des opportunités de formation (40e colloque international annuel sur les tortues marines, le Programme de leadership environnemental de Beahrs, le Programme de leadership scientifique africain (PLSA) et Afrique du futur)

 

Problèmes de financement dus à la pandémie

Les restrictions de financement imposées en réponse à la pandémie du COVID-19 ont nui à la recherche scientifique dans le monde entier et nous n’étions pas épargnés. Nous n’avions pas pu assurer une reprise rapide du financement de nos activités de terrain, nous sommes présentement angoissés et cherchons de futurs sponsors compte tenu du fait que la MCAF a suspendu son appui financier. Les chercheurs travaillant avec des organismes vivants ont dû opérer des choix difficiles comme choisir les organismes à garder en vie dans un contexte de pénurie de ressources. Les conséquences du COVID-19 pourront pendant longtemps être visibles sur l’économie mondiale. Nous mourons présentement de peur que les ressources allouées pour la lutte contre le COVID-19 pourraient signifier qu’il en manque peu pour les recherches sur la préservation des tortues marines et d’autres domaines. Je suis préoccupé par l’impact du COVID-19 sur l’économie et le financement des recherches par l’association. Nous ignorons ce qui va se passer et les priorités qui pourraient changer.

Mon attitude lors de cette pandémie

Afin de mener à bien mes recherches, nous sommes généralement devenus créatifs, résiliant et hautement adaptatifs. En état de confinement, je me suis engagé à l’analyse des données précédemment collectées, à la rédaction de nouveaux manuscrits, à l’enseignement (et la prise) de cours virtuels. Je me suis aussi lancé dans de nouvelles initiatives de préservation des écosystèmes et dans de nouvelles collaborations. Le confinement mondial à certains égards m’a aussi poussé à faire des choses qui étaient destinées à s’adapter aux temps changeants. Exemple : participer à des webinaires, faciliter l’enseignement à distance, et traiter les informations tombées aux dernières heures. Lors du confinement, j’ai aussi pris le temps de lire les articles de presse pour démystifier le COVID-19 et de mettre la science sur les projecteurs comme elle ne l’a jamais été. Ainsi, la crise a également été l’opportunité d’apprendre, de s’adapter et d’innover.

 

Qu’est-ce que l’économie bleue au Cameroun?

Cette pandémie nous a donné l’occasion de réaffirmer notre désir permanent de bâtir une économie océanique durable adaptée au futur-l ’économie bleue. Ce fut possible en restant dans le cap du décret de création du projet de Parc national marin ; Manyangue na Elombo Campo, région du sud du Cameroun. Le gouvernement camerounais s’est mis à redoubler les efforts visant à créer des aires de protection des espèces menacées. Ceci s’est fait en conformité avec les objectifs de la CBD, protéger 10% des écorégions côtières et marines à l’horizon 2020. Ce parc marin bénéficie d’une riche biodiversité marine et contribuera à stimuler la reproduction des poissons et de la faune marine, y compris l’alimentation de toutes les tortues vertes juvéniles qui produiront des retombées pour améliorer les prises en pèche régionale/tortues, créer des emplois dans le secteur touristique/ l’écotourisme et probablement séquestrer plus de carbone. Des données supplémentaires ont été recherchées pour concevoir des stratégies de protection plus efficaces de ressources écologiques, des voies migratoires, des données démographiques et l’usage de l’habitat au regard des menaces.

 

Recommandations pour les effets post COVID-19

La pandémie du COVID-19 a causé/ continue de causer des changements imprévus au sein des communautés côtières de l’Atlantique dans la région du Sud au Cameroun ; changements qui affecteront les vies pour les générations à venir. La façon dont nous interagissons avec la société sera une nouvelle réalité. Je recommande humblement aux décideurs et responsables de gestion d’inclure la collecte des données de référence et les connaissances sur la biodiversité marine dans les écosystèmes marins et le sable de plage avant toute relance complète de l’écotourisme, les activités de pêche sans oublier l’économie autour de ce secteur et l’aspect humain.